Un pas préoccupant vers l'eugénisme

mardi, 06 février 2007
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La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) a recommandé le 5 février que toutes les Canadiennes enceintes se voient offrir la possibilité de subir un test de dépistage génétique non effractif au cours de leur grossesse. Cette procédure aurait pour but d'identifier une possible aneuploïdie fœtale – et en particulier le syndrome de Down. Pour la société canadienne, cette recommandation constitue un pas préoccupant vers l'eugénisme.

Rapportant les propos du vice-président exécutif de la SOGC, le 6 janvier 2007, le National Post indiquait que le test recommandé permettrait à « des femmes plus nombreuses d'avoir l'option de mettre un terme à leur grossesse dans le cas où une anomalie serait détectée chez le fœtus. »

En réponse à cette nouvelle, l'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) appelle tous les Canadiens, et en particulier les obstétriciens, les gynécologues et les parents qui attendent un enfant, à défendre la valeur et la dignité inhérentes de chaque vie humaine et à protéger les droits humains fondamentaux des personnes handicapées, y compris leur droit premier – celui de naître.

Le diagnostic prénatal illustre les avancées positives de la science lorsqu'il est utilisé pour sauvegarder la vie et l'intégrité de l'enfant et de la mère, sans risque pour eux. Dans le cas de la plupart des maladies génétiques pouvant être identifiées durant la grossesse, y compris les cas d'aneuploïdie fœtale et du syndrome de Down en particulier, aucun remède ni aucune thérapie n'est disponible qui puisse être utile à l'enfant à naître.

L'objectif principal du dépistage génétique prénatal de l'aneuploïdie fœtale est donc d'offrir aux parents l'option d'avorter des bébés « défectueux ». Les parents sont ainsi appelés à prendre des décisions de vie ou de mort fondées sur leurs préférences, leurs craintes et leurs prévisions concernant leur propre qualité de vie et celle de leurs enfants.

La vie humaine vaut pourtant plus qu'une série de calculs rationnels. Tant de Canadiens et de Canadiennes porteurs de maladies et de handicaps apportent une contribution positive à nos vies. Ils nous rappellent que le bonheur, l'amitié et l'amour de la vie ne dépendent pas d'une santé parfaite ou d'un QI normal. Au lieu d'offrir aux parents confrontés à cette situation le moyen d'éliminer leur enfant à naître, nous devrions plutôt leur offrir plus de ressources et plus de soutien. Nous ne pouvons pas compter uniquement sur l'État ; il revient à chacun de nous d'appuyer les aidants naturels dans la vie quotidienne.

Comme l'a si bien dit Jean Vanier, le fondateur de l'Arche, « toute personne est une histoire sacrée ». Les personnes porteuses de handicaps sont une bénédiction pour nos communautés. Elles ne font pas exception à la règle : comme nous tous, elles apportent avec elles des dons spécifiques, et l'un de ces dons est souvent leur capacité à entrer en relation et à aimer. Même lorsqu'elles n'arrivent pas à communiquer avec nous, leur présence même est une invitation à aimer et à donner gratuitement de nous-mêmes. Dans leur faiblesse, elles deviennent des témoins de la dignité et de l'égalité humaines, et nous font réaliser que la valeur d'un être humain ne repose pas sur ses succès, sa beauté ou sa renommée, mais bien sur le simple fait d'être créé à l'image de Dieu.

C'est à la manière dont elle traite ses membres les plus faibles et les plus vulnérables que l'on juge une société soucieuse de justice sociale. L'annonce faite par la SOGC est un signal qui appelle les Canadiennes et Canadiens à s'engager à reconnaître et à protéger les droits des personnes handicapées, à commencer par le premier de leurs droits fondamentaux, le droit à la vie.

Comme l'a si bien rappelé le Pape Benoît XVI, le 4 février dernier : « La vie, qui est l'œuvre de Dieu, ne doit être refusée à personne, même au plus petit et au plus vulnérable enfant à naître, encore moins lorsqu'il présente de graves handicaps ». Lorsque les ressources financières en santé sont limitées, on devrait privilégier la recherche visant à élaborer remèdes et thérapies pour les personnes atteintes de maladies génétiques plutôt que d'offrir des tests équivalents souvent à une sentence de mort.