UNE SOLIDARITÉ MENACÉE - Réflexion soumise au Comité externe sur les options de réponse législative à Carter c. Canada

mercredi, 21 octobre 2015
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19 octobre 2015

 

Introduction

En soumettant ces quelques réflexions au Comité externe sur les options de réponse législative à Carter c. Canada, l’Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) veut d’abord mettre l’accent sur quelques-uns des risques liés à la légalisation de « l’aide médicale à mourir ». L’expérience de la Belgique et des Pays-Bas a beaucoup à nous enseigner à ce chapitre.

En légitimant l’euthanasie ou l’aide au suicide – qui permet à une personne d’en tuer une autre ou de l’aider à mettre fin à ses jours –, on diminuera le respect dû à la vie humaine et on sapera cette assurance première, essentielle au fonctionnement de toute société, que la vie humaine sera toujours protégée.

Si l’on autorise le suicide assisté ou l’euthanasie pour les malades en phase terminale ou non, parce qu’ils le demandent au nom de leurs souffrances mal soulagées, de leur autonomie ou de leur droit de regard sur leur vie même, comment pourra-on les refuser aux personnes déprimées, handicapées ou fragiles? Comment pourra-t-on défendre la liberté de conscience des médecins et des autres travailleurs de la santé qui s’objectent totalement à l’idée d’être impliqués de quelque façon que ce soit (même en référant un patient) dans la mise à mort d’une autre personne?

Dans un tel contexte, les personnes âgées et vulnérables risqueront d’être à la merci de gens qui feront pression sur eux pour qu’ils considèrent l’option d’une mort hâtive. Le soi-disant « droit de mourir » deviendra alors  « un devoir de mourir ».  Cette pression risque de s’accentuer à mesure que décroissent les ressources en soins de santé. Ainsi, « l’aide à mourir » deviendra la violence la plus sournoise, l’abus ultime envers des aînés déjà soumis à des violences physiques et psychologiques.

À la croisée des chemins

Nous ne le redirons jamais assez : c’est la douleur qu’il faut éliminer et non le malade. Si nous devions un jour autoriser les médecins à provoquer intentionnellement la mort de patients pour mettre fin à leurs souffrances, nous minerions de façon irréparable, dans l’esprit des Canadiens, l’essentielle relation de confiance qui doit exister entre médecin et patient. Nous brouillerions encore davantage le rôle réel de la médecine qui est de guérir, d’assurer le contrôle de la douleur et d’accompagner les personnes souffrantes.

Nous sommes à une croisée des chemins. Il nous faut choisir quel genre de pays nous voulons léguer à nos enfants et petits-enfants, en nous rappelant que le degré de civilisation d’une société se mesure à son attitude envers ses membres les plus vulnérables. Accepterons-nous de nous laisser déranger par la vulnérabilité des malades et des mourants, demeurant ainsi fidèles à notre caractéristique esprit de solidarité envers les plus faibles et les plus démunis ?

Ou voulons-nous devenir une société empressée d'aider ses citoyens les plus vulnérables à s'éliminer ? Voulons-nous éventuellement tuer les personnes déprimées, les nouveaux nés handicapés et les enfants atteints de paralysie cérébrale comme cela se fait déjà aux Pays-Bas ? Verserons-nous définitivement dans un individualisme à outrance qui préfère éliminer les personnes qui requièrent notre temps, nos énergies et notre affection ?  

Priorité : soins palliatifs

Pour éviter un pareil et déplorable échec de société, le nouveau gouvernement doit à tout prix agir pour réparer les dommages causés par la décision de la Cour suprême et pour défendre l’inviolabilité de la vie humaine. En cette heure décisive de l'histoire du Canada,  nous encourageons le nouveau Gouvernement à viser une réelle humanisation des soins de santé en fin de vie en développant une stratégie nationale fondée sur trois priorités:

  1. favoriser la recherche et l’éducation dans le domaine du soulagement de la douleur;  
  2. consacrer plus de fonds publics à la création d’unités ou de centres de soins palliatifs,   afin d’y donner accès à tous les citoyens et citoyennes qui en ont besoin;
  3. adopter des mesures fiscales plus généreuses qui permettront aux aidants naturels de se consacrer plus librement à l’accompagnement de leurs proches malades ou mourants.

En 2011, le Comité parlementaire sur les soins palliatifs et soins de compassion a justement constaté que 71% des Canadiens et Canadiennes souhaitent plus d’investissements dans les soins palliatifs. Dans un rapport étoffé intitulé « Avec dignité et compassion – Soins destinés aux Canadiens vulnérables », ce Comité a proposé un regard exhaustif sur les soins palliatifs et de fin de vie – y compris la gestion de la douleur et le soutien aux proches aidant. Ses recommandations concrètes méritent d’être enfin appliquées : rétablissement d'un Secrétariat des soins palliatifs; élaboration et mise en œuvre de stratégies nationales de soins palliatifs et de soins en fin de vie, et de prévention du suicide; et création d'un Bureau de sensibilisation et de prévention à l'égard de la maltraitance des aînés, ainsi que mise en œuvre d'une stratégie nationale de prévention des abus contre les aînés.

Confiance fondamentale

Il nous faut à tout prix résister à la tentation d’autoriser la mise à mort délibérée de certains citoyens et citoyennes. Un gouvernement qui tomberait dans ce piège engagerait son pays dans une voie indigne d’une nation civilisée.

Légaliser l’euthanasie et le suicide assisté revient à faire disparaître notre devoir commun de protéger les autres. Si nous voulons que notre pays demeure un lieu sécuritaire pour tous ses citoyens, même les plus vulnérables (les personnes handicapées, les aînés, les grands malades, les mourants), nous ne pouvons pas accorder à certaines personnes le pouvoir d’en tuer d’autres, quelles que soient les circonstances.

Nous sommes à un tournant de civilisation. Si nous croyons vraiment à l’égalité de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens, nous veillerons à assurer leur égale protection en maintenant l’interdiction légale de tuer. Il en va de la confiance fondamentale qu’exige notre vivre ensemble.

 

L'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) a été fondé conjointement par la Conférence des évêques catholiques du Canada et le Conseil suprême des Chevaliers de Colomb afin de promouvoir le respect de la vie et de la dignité humaines et le rôle essentiel de la famille.