Angelina Steenstra : un témoignage de guérison et de libération

lundi, 24 juin 2013
  • Imprimer
  • E-mail

Coordonnatrice nationale de « Silent No More » au Canada

angelina steenstraDéchirée au plus profond de moi-même, j’ai subi un avortement chirurgical à l’âge de 15 ans, à la suite d’un rendez-vous qui s’est terminé par un viol. On m’a promis que l’avortement serait une procédure simple et sécuritaire qui me permettrait de poursuivre ma vie comme « avant ». Durant l’avortement, j’ai senti une douleur physique intense lorsque Sarah Elizabeth a été arrachée de la paroi de mon utérus et j’ai vu la bouteille placée près de mon pied se remplir des restes de mon bébé. Je me suis dit avec horreur : « Qu’est-ce que j’ai fait ? » Avant même que la procédure soit terminée, j’étais en état de choc, impuissante et remplie de regrets. Instantanément, j’ai su que j’avais fait quelque chose de mal. J’avais été complice du meurtre d’une autre personne humaine. Cette prise de conscience a été tellement dévastatrice que je voulais mourir. Je me souviens d’avoir pensé : « Je te déteste. Jamais tu ne pourras réparer cela! » Jamais plus je ne serais la même personne.

Après l’avortement, j’ai été envahie par la culpabilité et la honte. J’ai été emprisonnée dans un sentiment d’auto-rejet, d’auto-haine et de condamnation. Pour engourdir ma souffrance, j’ai commencé à fumer, à boire et à utiliser des drogues de rue de façon compulsive, et je suis tombée dans la promiscuité. J’ai souffert de dépression et d’anxiété, et j’ai perdu tout intérêt pour mes études. Ma vie était hors de contrôle et je suis devenue suicidaire. Mes nombreuses maladies ont mené à la ruine de ma santé physique et mentale. J’ai laissé tomber mes amis et ma famille. J’ai changé de nom, d’emploi, d’adresse, d’amis et de comportement dans l’espoir d’un nouveau départ.

Habitée par la peur

Heureusement, j’ai épousé Walter. Mais, peu après, j’ai commencé à expérimenter des éclairs qui me ramenaient à mon avortement. La grossesse, les bébés et les médecins me faisaient peur. Je ne pouvais pas m’imaginer avoir un bébé et devenir maman ; je suis devenue un bourreau de travail. J’étais prise dans un cercle vicieux : je voulais des enfants, mais j’avais tellement peur ! Pendant des années, j’ai été infertile. Dieu me punissait-Il ? Une angoisse vive m’habitait.

Après sept ans de mariage, j’ai vécu une grossesse ectopique et j’ai perdu notre seul enfant, Joseph Michael, au cours d’une opération d’urgence. Plus tard, j’ai appris que les cicatrices laissées par une maladie pelvienne  inflammatoire contractée à l’âge de 18 ans avait causé cette grossesse ectopique. Tandis que je pleurais cet enfant, ma tête et mon cœur me suppliaient de revenir à mon avortement pour reconnaître la vérité : mon avortement avait enlevé la vie à mon premier enfant. Lorsque j’ai eu le courage d’affronter cette réalité, j’ai entrepris un processus de deuil. La vie si courte et la mort de Joseph Michael ont été le point de départ de ma guérison.

Touchée par la Divine Miséricorde

Peu après, j’ai été touchée par le message de la Divine Miséricorde. Ce message m’a donné le courage de faire face à la vérité honnêtement, de surmonter la honte et la culpabilité, et de continuer à ramasser les pièces du casse-tête. Il me fallait, entre autres, reconnaître comment Sarah Elizabeth était morte. J’ai donc fait de la recherche et j’ai trouvé la photo d’un bébé avorté. C’est cette photo qui m’a reconnectée au jour de mon avortement, aux souvenirs, à la culpabilité et à la honte que j’avais étouffés. Ce fut l’un des gestes les plus douloureux de ma vie, mais aussi le plus libérateur.

Quelques années auparavant, j’avais vu une photo semblable, et cette rencontre m’avait menée au mouvement pro-vie. Bien qu’à cette époque je n’aie pas encore surmonté mon propre deuil, la photo de ce bébé avorté m’avait poussé à agir en faveur des enfants à naître ; elle devait aussi me mener vers la guérison.

Plus tard, j’ai cofondé l’organisme « Second Chance Post Abortion Healing » qui vient en aide aux femmes blessées par l’avortement. En cheminant avec elles, j’ai continué à me former et ma guérison s’est approfondie. J’ai commencé à voir un plus large horizon. J’ai compris que mes propres choix et les choix d’autres personnes m’avaient éloignée du plan de Dieu. J’ai saisi la connexion entre la mentalité contraceptive et l’avortement. J’ai su que je devais pardonner à ces personnes qui m’avaient appris le mensonge en pensée, en paroles et en actes. J’ai aussi dû m’avouer que j’avais perdu un autre enfant, Daniel Joseph, en utilisant la pilule contraceptive ou le stérilet – tous deux pouvant provoquer un avortement.

Pardonnée par mes enfants

J’ai donc dû faire face à la réalité que je suis la mère de trois enfants. Chacun est mort de façon différente : Sarah Elizabeth à cause d’un avortement chirurgical, Daniel Joseph à cause de l’utilisation de la pilule ou du stérilet, et Joseph Michael à cause d’une grossesse ectopique. Des généalogies complètes ont été effacées par les choix que j’ai faits – des choix contraires à l’amour et au plan de Dieu. Je ne peux m’empêcher de penser à ce passage de Deutéronome 30 : « Je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez. »

Je réalise que je n’ai pas fait ces choix dans le vide. Au fur et à mesure où j’ai pardonné aux autres, j’ai aussi appris à me pardonner et à accueillir la miséricorde de Dieu dans mon cœur et dans mon âme. J’ai appris à prier et à chercher le bien en toutes choses – « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés suivant son dessein » (Rm 8,28). J’en suis venue à comprendre que la mort de mes enfants n’avait pas été vaine, et que leurs vies et leurs histoires pouvaient porter des fruits sur la terre. J’ai réalisé qu’ils vivaient avec Dieu et que, comme Dieu, ils m’avaient pardonné. En fait, leurs histoires sont désormais source de vie et, par la grâce de Dieu, Walter et moi-même participons à cette fécondité spirituelle. Nous avons été transformés par leurs trop courtes vies et leur mort. Le bien surgit désormais du passé.

Merveilleuse théologie du corps

Nous sommes appelés à bâtir une nouvelle civilisation de la vérité et de l’amour. Le Seigneur veut utiliser nos histoires, nous transformer et nous utiliser pour bâtir cette nouvelle civilisation. Tandis qu’Il me faisait saisir cette vision d’avenir, Il m’a mené vers la Silent No More Awareness Campaign, un regroupement de femmes et d’hommes blessés par l’avortement. Par nos témoignages, nous éveillons la conscience publique aux conséquences physiques, spirituelles, affectives et relationnelles de l’avortement. Nous tendons la main aux personnes qui souffrent à la suite d’un avortement pour qu’elles sachent qu’existent des ressources d’accompagnement, et nous offrons à celles qui le veulent l’occasion de témoigner de leur expérience.

Grâce aux enseignements de l’Église catholique, j’ai vécu un véritable printemps. La miséricorde et le pardon de Dieu m’ont ouvert l’âme à la vraie liberté et j’adhère avec bonheur à tous les enseignements de notre Sainte Mère l’Église. Il a valu la peine d’endurer toutes ces souffrances pour parvenir à ce lieu de paix. Et je crois fermement que les écrits du bienheureux pape Jean-Paul II constituent les nouvelles fondations de la civilisation de la vérité et de l’amour. Sa théologie du corps, en particulier, nous donne une saine vision de la sexualité humaine. Désormais, je vois la grande beauté du plan de Dieu. En moi, l’ordre est restauré.