Fin de vie : deux rapports, deux perspectives contradictoires

samedi, 20 novembre 2010
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La fin de vie préoccupe beaucoup les Canadiens. Nos choix éthiques et sociaux des mois et des années à venir dans ce dossier seront cruciaux. Nous sommes véritablement à un tournant de civilisation, menacés par un relativisme moral qui remet en question les fondements mêmes de notre culture.

Deux rapports publiés la semaine dernière nous proposent des visions diamétralement opposées de ce que pourrait être le Canada de demain : une société humaine ou inhumaine. Un pays solidaire des plus vulnérables, où l'on respecte la dignité des citoyens jusqu'à leur mort naturelle, ou un pays où l'on élimine par fausse pitié les personnes qui estiment que leur vie ne vaut plus la peine d'être vécue ou les malades qui coûtent trop cher à l'État.

Comité parlementaire sur les soins palliatifs et les soins de compassion

D'une part, dans un rapport étoffé intitulé « Avec dignité et compassion – Soins destinés aux Canadiens vulnérables », le Comité parlementaire sur les soins palliatifs et les soins de compassion propose un regard exhaustif sur les soins palliatifs et de fin de vie – y compris la gestion de la douleur et le soutien aux proches aidants –, la prévention du suicide, la maltraitance des aînés et la perspectives des personnes handicapées sur les soins de santé et la communauté inclusive. On y décèle un souci réel du bien collectif.

L'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) applaudit les 55 députés fédéraux qui, par intérêt personnel et à l'initiative de quelques représentants de tous les partis politiques siégeant au Parlement canadien, ont entrepris de consulter un vaste échantillonnage d'experts et d'organismes travaillant en contact direct avec des malades et des mourants d'un bout à l'autre du pays.

L'OCVF se réjouit des recommandations concrètes et variées mises de l'avant par ce rapport, dont le rétablissement d'un Secrétariat des soins palliatifs; l'élaboration et la mise en œuvre de stratégies nationales de soins palliatifs et de soins en fin de vie, et de prévention du suicide; et la création d'un Bureau de sensibilisation et de prévention à l'égard de la maltraitance des aînés, ainsi que la mise en œuvre d'une stratégie nationale de prévention des abus contre les aînés.

Ce rapport rejoint sur bien des points les souhaits exprimés par l'OCVF dans le mémoire intitulé « Une question de solidarité » qu'il présentait au Comité parlementaire en octobre 2010, convaincu que la piste des soins palliatifs est celle à privilégier comme solution humaine et humanisante à la souffrance des personnes en fin de vie – des personnes que rien ne peut priver de leur dignité.

Société royale du Canada

Le second rapport rendu public la semaine dernière est celui de six experts mandatés par la Société royale du Canada – dont cinq étaient déjà reconnus pour leur parti pris en faveur del'euthanasie. Ils ont produit un rapport unanime, intitulé « Prise de décisions en fin de vie », qui est symptomatique de l'idéologie de la mort. Ils y exaltent l'autonomie personnelle et l'auto-détermination au détriment du bien commun, soutenant que « la possibilité de conséquences sociales indésirables ne suffit pas à nier le droit de choisir l'aide au suicide ou l'euthanasie volontaire ».

Sans considération pour le respect dû à la vie humaine – et à chaque vie humaine – ce document insiste beaucoup sur les défis et les coûts liés au vieillissement de la population. On lit entre les lignes que l'aide à la mort – une expression inventée pour masquer le caractère mortifère de l'euthanasie et du suicide assisté – pourrait bien être une solution au problème.

Quant aux professionnels de la santé, ils devraient pouvoir décider « unilatéralement de ne pas administrer ou d'interrompre un traitement susceptible de maintenir un patient en vie ». Si, par ailleurs, ils sont opposés à l'euthanasie et au suicide assisté, leur liberté de conscience serait bafouée par l'obligation de référer à un autre professionnel de la santé une personne réclamant l'une ou l'autre de ces pratiques.

Fidèles à la tactique du lobby pro-euthanasie, les auteurs de ce rapport encouragent le développement des soins palliatifs tout en y incluant, en bout de piste, la possibilité de l'euthanasie et du suicide assisté – deux pratiques absolument incompatibles avec les principes et les buts des soins palliatifs.

Statistiques contradictoires

Ils soutiennent qu'une importante majorité de Canadiens semblent favorables à un cadre législatif plus permissif concernant l'euthanasie et le suicide assisté. Cette affirmation est contredite par les résultats d'un sondage Environics mené en 2010, auprès de 2000 citoyens, pour déterminer quelle priorité devrait privilégier le gouvernement canadien : 71% ont opté pour l'amélioration des soins palliatifs; 19% pour la légalisation de l'euthanasie; 5% pour les deux; 5% se disant indécis.

D'autres statistiques, dévoilées aussi cette semaine au Québec par le réseau citoyen Vivre dans la Dignité (VDD), prouvent qu'une fois bien renseignés la majorité des citoyens rejettent l'euthanasie et le suicide assisté. Selon une analyse indépendante, menée par VDD, des quelque 427 mémoires et présentations orales déposés à la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité plus de 60% s'opposent à l'euthanasie et au suicide assisté, tandis que 99% estiment que « les soins palliatifs constituent le choix digne pour les Québécois en fin de vie ». À peine 2% sont favorables au suicide assisté et 34% sont favorables ou plutôt favorables à l'euthanasie.

Quelle société pour nos enfants?

L'OCVF accorde évidemment plus de crédibilité au rapport du Comité parlementaire, qui a consulté des centaines de personnes au cours de 24 auditions et table-ronde, qu'à celui des six experts de la Société royale du Canada.

Puisqu'un nouveau dialogue s'amorce sur ces questions controversées, l'OCVF encourage toutes les personnes de bonne volonté à mieux se renseigner pour surmonter la confusion entretenue volontairement par les promoteurs de l'euthanasie et du suicide assisté. Qu'on soit croyant ou athée, les raisons fondamentales de dire non à ces pratiques sont avant tout d'ordre purement rationnel et visent à faire respecter l'article 3 de la Déclaration universelle des droits de l'homme : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. »

Une question se pose en somme : quel genre de société voulons-nous léguer à nos enfants et petits-enfants ? Voulons-nous devenir une société empressée d'aider ses citoyens les plus vulnérables à s'éliminer ? Voulons-nous éventuellement tuer les personnes déprimées, les nouveaux nés handicapés et les enfants atteints de paralysie cérébrale comme cela se fait déjà aux Pays-Bas ?

Pour éviter un pareil et déplorable échec de société, il nous faut interpeller nos députés pour qu'ils résistent à tout prix à la tentation d'autoriser la mise à mort délibérée de certains de nos concitoyens les plus vulnérables. Un gouvernement qui tomberait dans ce piège engagerait son pays dans une voie indigne d'une nation civilisée.

L'Organisme catholique pour la vie et la famille est co-parrainé par la Conférence des évêques catholiques du Canada et le Conseil suprême des Chevaliers de Colomb. Il a pour mission de promouvoir le respect de la vie et de la dignité humaine, ainsi que le rôle essentiel de la famille.